L’humanité en péril, de Fred Vargas (2/2)

MODÈLES ET PROJECTIONS

Le réchauffement va entraîner de grandes migrations de population (réfugiés écologiques et climatiques) fuyant des zones trop chaudes, trop sèches. Des conflits pour l’accès à l’eau, à la nourriture sont envisagés.

Face à cette situation, plusieurs réactions : le déni, l’évitement, les collapsologues (effondrement), les survivalistes, les « espérantistes », qui misent sur la prise de conscience grandissante des populations et dénoncent l’immobilisme politique et ses accointances avec les lobbies.

En 1970, le rapport Meadows modélisait l’évolution de 6 paramètres (stock des ressources non renouvelables, démographie, nourriture par habitant, production industrielle par habitant, services par habitant, pollution globale) et proposait divers scénarios (une douzaine) pour la période 1900-2100. Sur la période 1970-2010, le scénario qui concorde avec ce qui se passe réellement est le scénario « business as usual » (les affaires, sans rien changer). Si on suit ce scénario :
– la quantité des énergies non renouvelables continuera à chuter très fortement jusqu’en 2030 et plus faiblement ensuite
– la production industrielle par habitant connaît un pic en 2015 et s’effondre, pour atteindre en 2100 le niveau de 1920
– la nourriture par habitant chute à partir de 2020-2025 pour atteindre en 2100 le niveau de 1900
– les services chutent en 2025 pour atteindre, en 2100, le niveau de 1900
– la population mondiale augmente jusqu’en 2030-2035 puis chute pour atteindre en 2100 le niveau de 1975
– la pollution globale croît jusqu’en 2030-2035 puis chute pour atteindre en 2100 le niveau de 1950

Au moment où ces modélisations ont été faites, on n’a pas tenu compte du réchauffement climatique (ni de l’essor des énergies renouvelables).  

ACTIONS ET SOLUTIONS

ACTIONS MISES EN PLACE, AYANT DÉJÀ DES EFFETS

• Grâce à l’attitude responsable des consommateurs, l’usage de l’huile de palme alimentaire a été réduit de 25 % entre 2010 et 2018.
• Reforestation : il y a aujourd’hui 4 milliards d’hectares de forêts dans le monde, qui captent 30 % du CO2émis (3 milliards de tonnes) par an. En Amazonie, il est prévu de replanter 73 millions d’arbres (30 000 hectares) d’ici 2023. Il faudrait en planter 12 millions d’hectares.
• Peindre les surfaces foncées en blanc (ex : sur l’asphalte, on passe de 46 °C à 31 °C)
• Le Maroc investit dans les énergies renouvelables : solaire, éolien, géothermie. Une première tranche de la centrale photovoltaïque de Noor doit fournir de l’électricité à 2 millions d’habitants (sur un total de 32 millions).
• Le Cameroun investit dans le solaire. 
• Les Émirats visent d’atteindre 75 % d’énergie propre en 2050. Ils investissent 14 milliards de dollars dans l’un des plus puissants parcs solaires au monde (5 000 MW) qui éviterait de rejeter 6,5 millions de tonnes de CO2 par an.
• Pour pallier les difficultés de stockage : à la Réunion, l’énergie solaire est stockée dans des batteries pour le court terme et en réserves d’hydrogène.
• Il faudrait également renforcer les interconnexions entre les réseaux électriques pour mieux transporter l’énergie d’un pays à l’autre.

ACTIONS À METTRE EN PLACE AU NIVEAU POLITIQUE

Réduction du CO2

• Baisse constante des émissions de CO2(et autres GES) et atteinte du « zéro émission » en 2050.

• Restaurer/développer le train, avec navettes et taxis électriques 

• Construire des tours d’assainissement de l’air

Industrie

• Soutenir les usines qui investissent dans la dépollution

• Légiférer sur la fin de l’obsolescence programmée

• Développer des industries moins gourmandes en eau, utiliser des eaux de moins bonne qualité, traiter les rejets

• Rendre obligatoire la captation du CO2, du méthane et du mercure en sortie d’usine.

Contre les rejets de mercure :

– injection de bromure dans les déchets pour oxyder le mercure (déjà utilisé en Chine et USA)

– « mercure oxydation » rendant le mercure soluble dans l’eau, puis récupéré

– utilisation de charbon actif associé à des nanoparticules d’or (5%)

Agriculture-élevage

• Légiférer sur l’industrie agroalimentaire, l’agriculture (interdire l’irrigation massive, l’excès d’engrais, les pesticides controversés), l’élevage (interdire l’élevage industriel en confinement)

• Encourager et financer l’élevage et l’agriculture biologiques (dont les rendements sont égaux, voire supérieurs)

Contre le méthane :

– Réduire la quantité de bétail

– Méthanisation dans les digesteurs pour produire des biogaz et du fertilisant

– Modification de l’alimentation du bétail (-37 % d’émissions)

– Réduction de la consommation de viande

– Encourager une modification du système des rizières

• Corriger/prévenir la salinisation des sols

• Adopter des techniques d’irrigation modernes (réduire de 13 % l’eau utilisée par l’agriculture = équivalent de la consommation mondiale des foyers)

Eau

• recycler les eaux usées

• Développer le stockage souterrain des excédents d’eau, des bassins de stockage

• Créer des parcs naturels hydrogéologiques

Aménagement du territoire

• Recréer les commerces de proximité / envoyer des camionnettes alimentaires dans les villages

Bâtiment

• Supprimer l’usage des mousses et aérosols isolants

Énergies renouvelables

• Interdire les panneaux solaires utilisant du gaz NF3

• Préférer les petits barrages en terre de faible hauteur que les grands aménagements hydrauliques (production de méthane)

• Recycler les matières contenues dans les pales des éoliennes

• Extraire et produire les terres rares en respectant des normes environnementales sévères 

• Interdire le recours aux aimants dans les éoliennes 

• Préférer les panneaux photovoltaïques monocristallins aux polycristallins à couches minces 

• Fortifier le recyclage du fer et du cuivre

• Encourager la recherche sur le stockage de l’électricité sans utilisation du lithium.

Voiture électrique

• Miser sur les batteries sodium-ion (ou alternative sans phosphore)

• Encourager les énergies renouvelables dans les usines

• Encourager les nouvelles techniques qui limitent l’émission de particules fines au freinage

• Développer le maillage des bornes de recharge

Plastiques

• Interdire tout plastique à usage unique, développer des plastiques biodégradables.

• Soutenir les travaux sur la bactérie mangeuse de plastique PET

• Légiférer sur la récupération obligatoire du phosphore

Contre la déforestation 

• Classer les grandes forêts au patrimoine mondial de l’humanité

• Interdire au niveau mondial l’importation de bois tropicaux

• Ne plus produire de biocarburants à base d’huile de palme, de colza ou de soja (ou algues)

• Interdire l’importation de soja et d’huile de palme.

• Boiser/reboiser les rives des cours d’eau

• Ne pas planter de conifères en Europe (albédo)

Globalement 

• Intégrer la biodiversité dans toutes les politiques

• S’attaquer à la fraude fiscale internationale pour financer la transition énergétique (et solidaire)

• En cas de choc économico-écologique, privilégier les services de santé, l’industrie pharmaceutique, la formation des ingénieurs (y compris en nucléaire pour démanteler les centrales), protéger le cheminement des denrées alimentaires et de l’eau, conserver les usines de traitement d’eaux usées.

ACTIONS À METTRE EN PLACE AU NIVEAU CITOYEN

Consommation et alimentation

Pour rappel : l’agriculture et l’élevage génèrent 37 % du méthane, 65 % du protoxyde d’azote et 9 % du CO2dans le monde, plus des gaz fluorés. Elles sont le plus grand poste consommateur d’eau au monde (70 % des ressources mondiales) et la première cause de pollution des eaux. Responsable également de la déforestation, épuisement des sols, du phosphore et des pluies acides.

• Il faut donc réduire notre consommation de viande (de 90 % dans les pays développés), arrêter la consommation de charcuterie nitritée cancérogène.

• Refuser les biocarburants

(Ce sont les 2 façons les plus efficaces d’agir concrètement sur les GES, la déforestation, la pollution des eaux et la destruction des sols.)• Boycotter l’huile de palme

• Choisir l’élevage et l’agriculture biologiques, ce qui aura pour effet de stimuler l’offre et de faire baisser le prix, tout en étant meilleur pour notre santé [le mode d’agriculture biologique permettrait, s’il était appliqué au niveau mondial, de nourrir 11 milliards de personnes]

• Diminuer la consommation de sucre, de chocolat*, de café*, de tofu*, de miel, de café* (* non bio)

• Limiter la consommation de riz (culture émettrice de protoxyde d’azote)

• Boycotter les produits des grandes marques prédatrices des eaux des nappes phréatiques

Eau

• Réduire la consommation en traquant les fuites, en prenant des douches plutôt que des bains, en buvant l’eau du robinet

Consommation d’énergie

• Moins d’écrans par foyer
• Se passer des climatiseurs ou les régler à 25 plutôt qu’à 19 °C

• Laver le linge et la vaisselle à basse température (40 ° au lieu de 90 °C, c’est 70 % d’énergie économisée)

• Baisser le thermostat la nuit

Équipement et produits ménagers

• Préférer les chaudières labellisées « flamme verte » (aides de l’État)

• Acheter des produits ménagers certifiés « verts » 

Habillement/textile

• Limiter le dressing à 30 pièces d’habillement

• Préférer les matières naturelles

• Donner les vêtements non utilisés à des organismes de collecte

• Laver les textiles synthétiques dans des pochettes spéciales 

Transports 

• Préférer le train à l’avion (6 fois moins gourmand en énergie)

• Voyager léger : si tous les passagers d’avions se limitaient à 20 kg de bagages, on économiserait 2 millions de tonnes de CO2par an.

• Choisir des vols sans escale (beaucoup de CO2émis lors du décollage)

• Ne pas utiliser de biocarburants (participant à la déforestation) ou d’algocarburants (puisant dans les réserves de phosphore et nécessitant 3 650 litres d’eau pour 1 litre produit), les 2 grands émetteurs de CO2lors de leur fabrication.

• Faire le maximum de trajets à pied plutôt qu’en voiture

• Préférer les transports en commun dans les villes

• Si achat d’une voiture électrique, préférer les batteries sodium-ion, sans lithium

Plastiques

• Utiliser nos sacs pour faire les courses (cabas + sac pour fruits, légumes, vrac)

• Faire attention à ce que nous achetons (suremballages…)

• Privilégier les matières alternatives (verre, bois, carton…)

Contre la déforestation 

• Acheter des meubles et du papier certifiés FSC ou PEFC. 

• Boycotter les bois tropicaux

Pollution

• Ne pas jeter les mégots de cigarette par terre