L’humanité en péril, de Fred Vargas (1/2)

À plusieurs reprises, Fred Vargas incite à partager le plus largement possible les informations qu’elle divulgue dans cet ouvrage. Par correction, j’ai adressé cette synthèse à sa maison d’édition en août dernier. N’ayant reçu aucune réponse, je m’autorise à la publier.

« Nous sommes face, à court terme, à une modification profonde et nécessaire de nos modes de vie et de nos sociétés »

Fred Vargas

Dans cet ouvrage très documenté (405 renvois !), l’auteure distingue les gouvernants, industriels et lobbies (« Eux ») et les citoyens (« Nous » ou « Les Gens »). « Nous » avons pensé que le sujet environnemental était traité par nos dirigeants, mais « Eux », pourtant informés, sont restés mus par deux valeurs : l’argent et la croissance, les deux notions étant intimement liées. Depuis 22 ans (protocole de Kyoto), rien de concret n’a été mis en place pour inverser ou même stabiliser la courbe des émissions de GES, car les gouvernements seraient paralysés par de puissants lobbies et soutiendraient les industriels. L’auteur pense que les informations sur l’état du monde sont le plus souvent dissimulées, aseptisées, pour ne pas provoquer une prise de conscience trop vive qui ferait contracter les marchés et s’effondrer les banques. Cette forme de déni constitue selon elle un crime en marche.

À cette désinformation s’ajoute la pression de la publicité qui incite à acheter et fabrique des rêves factices et inaccessibles.

L’une des idées-clés de Fred Vargas est qu’en comparant les « Eux » (quelques milliers de multinationales) et « Nous » (7,5 milliards), le rapport de force implique que le pouvoir de changer les choses est du côté des « Gens ». Il faut donc prendre les choses en main et agir avant « Eux ». Nous serions capables de renverser certains équilibres mondiaux et de faire plier quelques lobbies.

L’auteure appelle non pas à une transition, mais à un changement radical, rapide et indispensable : une 3e révolution.

PREMIÈRE PARTIE : DONNÉES SUR L’ÉTAT DE LA PLANÈTE

Solidarité 

• 82 % de la richesse mondiale est détenue par 7,7 millions de personnes (1 %), tandis la moitié de l’humanité est pauvre (3,7 milliards d’individus). La fortune des plus riches a augmenté de 13 % en 10 ans.

• L’évasion fiscale des pays en développement représente 170 milliards de $ chaque année.

• En Europe (28 pays membres), l’évasion fiscale et la fraude représentent un manque à gagner de 1 000 milliards d’euros chaque année.

• La COP 24 a indiqué que, sur le budget de 100 milliards d’euros pour aider les pays les plus fragiles, seuls 50 ont été constitués.

• Les géants du numérique sont imposés en moyenne à 9 %.

Périls

« Le changement climatique court plus vite que nous et ce pourrait être une tragédie pour la planète. La volonté juridique est absente alors que le changement climatique est le problème le plus important auquel L’Humanité est confrontée. L’évolution est pire que prévu et il est absolument indispensable d’inverser la tendance. Nous continuons à subventionner les énergies fossiles, ce qui n’a aucun sens. Pour beaucoup de gens, c’est déjà une question de vie ou de mort, alors il est difficile de comprendre pourquoi nous, collectivement, avançons toujours si lentement, et même dans la mauvaise direction » 
Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, Forum économique mondial de Davos.

• La température mondiale moyenne a déjà augmenté de 1 °C par rapport à l’ère préindustrielle et continue de croître. Elles devraient augmenter, dans le siècle, probablement de 4 à 5 °C, peut-être jusqu’à 7 ou 8 °C (+4 °C sur Terre signifiant +10 °C sur les continents).

• En l’absence de réduction drastique des émissions de CO2, jusqu’à 75 % des habitants de la planète pourraient être victimes de vagues de chaleur meurtrières d’ici 2100. 

• 30 % de la population mondiale est exposée à des vagues de chaleur potentiellement meurtrières au moins 20 jours par an. Les canicules dangereuses sont de plus en plus fréquentes.

Le GIEC estime que :
– si la pollution au carbone est puissamment réduite dans les années à venir, « seuls » un quart du globe et 48 % de l’humanité seraient touchés,
– si rien n’est fait, la moitié de la planète et 75 % de la population seraient touchés.

• Un rapport de l’ONU de 2012 prévoit 250 millions de déplacés dus aux catastrophes naturelles en 2050 et 600 millions de personnes victimes de malnutrition d’ici 2080.

• Si l’Europe du Nord serait relativement épargnée, le sud de la France, l’Italie, les Balkans et l’Europe de l’Est seraient confrontés à des évènements météorologiques extrêmes, des épidémies typiques des pays chauds (dengue, chikungunya) et à l’élévation du niveau des mers.

• Si le réchauffement dépasse les 2 °C d’ici 2050, un enchaînement fatal se produit : la température des océans augmente, faisant fondre les glaciers (entraînant une montée des eaux de 25 cm sur les continents) et ne permettant plus aux océans d’absorber autant de carbone : il y en a donc de plus en plus dans l’atmosphère et il fait donc de plus en plus chaud.

• Le problème du permafrost (ou pergélisol)
Le permafrost représente une étendue de 15 à 20 millions de km2, toujours gelée. Elle renferme une poche de 1 700 milliards de tonnes de carbone (le double de ce qui est présent aujourd’hui dans l’atmosphère), énormément de méthane et un stock de mercure deux fois plus important que dans tout le reste de la planète. Si on assiste à un dégel du permafrost à cause du réchauffement climatique, l’équivalent de 15 ans de pollution au C02 et au méthane sera libéré dans l’atmosphère et le mercure viendrait polluer les océans. Ce dégel a déjà commencé.

Ce faisant, les chercheurs se sont aperçus que le sol dégelé libérait une bactérie inconnue, qui consomme le méthane et le réduit en alcool.

État du monde

• En Afrique, 500 000  km2 de terres (surface équivalente à l’Espagne) sont dégradés alors que 62 % des habitants dépendent de leur milieu naturel.

• En Asie, la moitié des prairies sont dégradées, ¼ des espèces endémiques menacées, 80 % des rivières polluées par le plastique

• En 2100, certaines espèces de mammifères et d’oiseaux verraient leur population décimée de moitié et le nombre de poissons dans les lacs chuter de 20 à 30 %

• Si les pratiques de pêche actuelles perdurent, il n’y aura plus de stocks de poissons dans 30 ans.

• Les coraux seront dégradés à 90 % avant 2050, or ils accueillent 25 % des espèces marines.

• En Amérique, la quasi-totalité des plaines, la moitié de la savane et 20 % de la forêt amazonienne sont exploités par l’homme.

• En Europe et Asie centrale, 42 % des animaux terrestres et des plantes, 71 % des poissons et 60 % des amphibiens ont décliné en 10 ans à cause de l’intensification de l’agriculture et de l’exploitation forestière.

• La Terre vit sa 6e extinction de masse. Les disparitions d’espèces ont été multipliées par 100 depuis 1900 (du jamais vu depuis l’extinction des dinosaures il y a 66 millions d’années)

• L’Arctique se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale et perd 280 milliards de tonnes de glace chaque année. Cette fonte pourrait modifier le Gulf Stream (le courant chaud qui adoucit le climat de l’ouest de l’Europe du Nord), en le ralentissant. Cela entraînerait de fortes baisses des températures en Grande-Bretagne, Espagne, Portugal et France, avec des vagues de froid plus nombreuses et un enneigement abondant. Ce refroidissement localisé n’aurait pas d’impact sur le réchauffement général.

• L’Antarctique a perdu 3 000 milliards de tonnes de glace en 25 ans et la tendance s’accélère depuis 5 ans (– 291 milliards de tonnes en moins par an depuis 2012)

Les GES (Gaz à Effet de Serre)

• Émissions mondiales de GES par secteur (GIEC, 2018) :
– Industrie : 32 %
– Élevage, agriculture, déforestation : 25 %
– Bâtiment (construction, entretien, chauffage) : 18,5 %
– Transport : 14 %
– Autres énergies : 9,6 %

• Le CO2 est issu de la combustion des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) et du bois. Il représente 70 % des GES.

• Le protoxyde d’azote représente 16 % des GES et son pouvoir réchauffant est 300 fois supérieur à celui du CO2, sa durée de séjour est de 120 ans et c’est l’ennemi n°1 de la couche d’ozone. Il est issu des activités agricoles, de l’élevage industriel, de produits chimiques (acide nitrique) et des émissions de voitures. Les pays les plus émetteurs de protoxyde d’azote sont la Chine, les États-Unis, l’Inde et le Brésil (les rizières émettent autant de protoxyde d’azote que 200 centrales à charbon).

• Le méthane contribue à 13 % des GES. Il est 25 fois plus réchauffant que le CO2, nocif pour la couche d’ozone, a une durée de séjour de 12 ans mais « mute » en CO2 (1 kg de méthane crée 6 à 7 kg de CO2). Il est issu de l’élevage, de l’extraction et combustion des énergies fossiles. 

• Les gaz fluorés représentent 2 % des GES. 1 kg de ces gaz équivaut à 1 300 à 23 000 kg de CO2. Les émissions de HFC et PFC sont en diminution depuis 1990. Ils proviennent des équipements réfrigérés (réfrigérateurs, climatiseurs, camions frigorifiques) et des mousses isolantes. Les CFC ont été interdits en 1987. Le SF6 est le plus puissant gaz à effet de serre (22 800 à 23 900 fois supérieur au CO2). Il est utilisé dans les équipements électriques haute tension et est très surveillé. Il représente 0,1 % des GES. Enfin, le NF3 agit 17 000 fois plus que le CO2. Il est utilisé pour la fabrication des écrans plats, écrans tactiles, panneaux solaires, et augmente de 11 % par an.

• Un dégazage dans l’atmosphère d’1 kg de HFC-134 a le même impact que 1 300 kg de COou un parcours de 10 000 km en berline.

• Le COa une « durée de vie » de 100 à 200 ans dans l’atmosphère. Mais il serait plus juste de parler de « durée de séjour », car les gaz s’associent ensuite à d’autres éléments (océans, sol, végétaux) et ne meurent pas vraiment.

Quand le COest absorbé par l’eau (déjà 525 milliards de tonnes depuis l’ère industrielle), cela a pour conséquence d’acidifier les océans (dangereux pour la biodiversité) et de les désoxygéner  (certaines espèces animales meurent asphyxiées).

• Le taux de CO2 en ppm (parties par millions, soit le nombre de molécules par millions de molécules d’air) était de 405,5 en 2017, 410 en avril 2018, 490 à 535 aujourd’hui et devrait atteindre 855 à 1 130 en 2100.

Certains gaz ne « disparaissent » pas, mais se transforment : le méthane donne du CO2.

Techniques proposées pour faire baisser le CO2 dans l’atmosphère :
Techniques de captage : le SRM consiste à envoyer dans l’atmosphère des ballons-sondes chargés de particules qui réfléchiraient les rayons du soleil (désapprouvé par le GIEC). 
• Capter le CO2 issu des installations fixes (ex : centrales à charbon) grâce à des membranes de filtration (capables de capturer 90 % du CO2émis, puis de le stocker. Coût : 40 $ par tonne de CO2récupérée. Adaptable pour le méthane.
• Utiliser un solvant pour récupérer les émissions de CO2et les transformer en bicarbonate de soude.  Une centrale indienne utilise ce procédé et récupère 100 % de ses émissions (60 000 t de CO2/an).
• Aspiration du CO2 dans l’air, avec un procédé semblable à celui des arbres, mais des centaines de fois plus puissant. Le CO2 récupéré est stocké sous terre ou transformé en carburant propre.
•  Des tours filtrantes, fonctionnant à l’énergie solaire, sont capables de filtrer jusqu’à 10 millions de m3 d’air par jour sur une surface de 10 km2 autour d’elles.

Comparaisons

• Le secteur du numérique (fabrication + utilisation) émet autant de GES que celui de l’aviation
• L’avion consomme 6 fois plus d’énergie que le train
• Rejets de CO2 pour un trajet Paris-Marseille : 10 kg par le train / 115 kg en avion / 135 kg si on voyage seul en voiture.

Zoom sur l’épuisement des ressources non renouvelables

• L’eau
« Entre la moitié et les 2/3 de la population mondiale devraient être en situation dite de stress hydrique en 2025 » (CNRS). Causes : réchauffement climatique, agriculture et élevage industriels (qui prélèvent 70 % de l’eau disponible), industrie (20 %) et consommation domestique (10 %). Dans certains pays en développement, l’agriculture et l’élevage prélèvent 90 % de l’eau disponible.
Il faut : 13 500 l d’eau pour produire 1 kg de bœuf / 1 000 l pour 1 l de lait entier / 10 l pour 1 morceau de sucre blanc / 7 l pour 1 l d’eau en bouteille / 5 263 l pour 1 kg de coton.
Un régime alimentaire occidental équivaut à 4 000 l d’eau par jour (contre 1 000 pour un chinois ou indien)
Selon le CNRN, avec une population mondiale de 8 milliards en 2025, la quantité d’eau par habitant va chuter d’un tiers, de 6 600 à 4 800 m3. Il faut donc agir :
– sur l’irrigation des terres agricoles avec de nouvelles techniques (goutte à goutte, canaux sous-terrain…), en faisant la chasse aux fuites et évaporations, en recyclant l’eau domestique usée àune économie de 13 % des prélèvements agricoles = l’équivalent de la consommation mondiale des ménages.
– sur les processus industriels (utilisation d’une eau de qualité moindre pour certains usages, recyclage de l’eau, circuits fermés)
– sur les ménages : 15 à 25 % de l’eau potable est perdue à cause des fuites (robinet, chasse…). Choisir des appareils économes et faire tourner ses machines à plein permet d’économiser 20 à 30 % d’eau supplémentaire.
Dessaliniser l’eau de mer pour la rendre potable n’est pas une bonne solution : même avec les techniques les moins énergétivores, il faut l’équivalent de 350 000 barils de pétrole par jour pour assurer la conversion d’eau salée en eau douce.
Les réserves mondiales en eau des nappes souterraines représentent 97 % de toute l’eau disponible sur les continents.
Dans la catégorie « industrie » qui prélève 20 % de l’eau mondiale : Nestlé utilise 880 millions de litres par an. Fabriquer 1 litre de Coca-Cola nécessite 2,5 à 6 l d’eau. Comme la consommation de Coca est estimée à 350 milliards de litres, il faut donc entre 770 et 2 100 milliards de litres d’eau chaque année. Pour cela, Coca-Cola puise directement dans les nappes phréatiques (50 nappes d’eau dans le monde, dont 15 déjà surexploitées) : en Inde, 547 millions de litres par an, au Mexique, 500 millions de litres par an. Voyant les puits se tarir et l’eau manquer dans le réseau d’eau, les Mexicains achètent du Coca-Cola (1ersconsommateurs au monde). Conséquence : 70 % de la population est en surpoids. Ailleurs, les communautés autochtones ne pouvant plus faire pousser de légumes (par manque d’eau), ils ne peuvent manger à leur faim et boivent du Coca-Cola. 2 910 tonnes de plastique sont produites par Coca-Cola et pas réutilisées. Enfin, la production de sodas crée une « boue toxique » (composée de produits cancérogènes : plomb, cadmium, chrome), qui est rejetée dans la nature sans être traitée.
L’eau du robinet est 100 à 300 fois moins chère que l’eau en bouteille et elle a moins d’impact sur l’environnement : en France, 670 millions de kilos de déchets plastiques sont dus uniquement aux bouteilles d’eau en plastique. Seuls 26 à 49 % sont recyclés.

• 16 matériaux et hydrocarbures épuisés entre 2021 et 2040 : 
– en 2021-2022, l’argent (utilisé dans le nucléaire, les énergies solaires/photovoltaïques, écrans tactiles, purification de l’eau) et l’antimoine
– en 2023-2025, le chrome, l’or, le zinc (électronique), l’indium (panneaux voltaïques, écrans plats), néodyme et strontium
– en 2028-2039, étain, plomb, diamant, hélium, cuivre
– en 2040, uranium
– en 2048, nickel (batteries et ordinateurs)
– en 2050, pétrole et lithium (batteries)
– en 2050-2062, niobium, béryllium, mercure, graphite
– en 2060-2110 : le phosphore (élément fondamental du vivant). L’agriculture utilise 90 % du phosphore extrait pour réaliser les engrais phosphatés. L’UE a réduit sa consommation, mais l’Asie, l’Afrique et l’Amérique du Sud l’ont intensifiée. On pourrait récupérer du phosphore par traitement des excréments et urines humains et animaux.
– en 2064, platine, manganèse
– en 2072, le gaz naturel
– en 2087, le fer 
– puis : le cobalt, l’aluminium, le charbon
Ce qui implique que : dans 7 ans, l’électronique sera en difficulté ; dans 21 ans, les industries électrique et nucléaire pourraient prendre fin ; dans 68 ans, comment pourrons-nous encore construire ?

Transports

Lorsqu’on prend en compte le bilan complet CO2 des voitures électriques, on voit qu’elles ne sont pas 100 % propres, mais plus propres. D’ici 2030, elles émettront 66 % de CO2de moins que le Diesel et en 2050, 80 % de moins. La raison : la fabrication de ces voitures demande beaucoup d’électricité. Fabriquées en Pologne ou en Chine (1ermarché de la voiture électrique), c’est catastrophique puisque l’électricité provient à respectivement 80 et 77 % de centrales à charbon.
Globalement, un VE produit moitié moins de GES sur 150 000 km par rapport à un véhicule thermique, mais ce chiffre varie de 28 à 72 % selon l’origine de l’électricité ayant servi à le fabriquer. Les batteries posent le problème de leur impact environnemental, car elles sont toutes composées de Lithium (extraction polluante + nécessite beaucoup d’eau). Par ailleurs, les réserves de Lithium seront épuisées entre 10 et 30 ans.
Seulement 5 % des batteries lithium sont recyclées.
Une nouvelle génération de batteries sodium-ion pourrait entrer en production prochainement.
Une batterie au carbone est à l’essai (temps de charge 1 000 fois plus rapide, 1 million de cycles de charge, mais peu d’autonomie)
Il faut également multiplier les bornes de recharge. L’ADEME comptait 25 000 points de recharge en France en 2018. Le gouvernement annonce l’installation de 100 000 bornes supplémentaires d’ici 2022.
La voiture à hydrogène demande 3 fois plus d’électricité qu’un VE pour rouler 
Les biocarburants « verts » (issus de l’huile de palme, de colza…) ont en fait un impact climatique entre 1,2 et 3 fois plus important que le gazole fossile.
Les algocarburants (à partir d’algues) sont encore plus polluants.

Forêts 

Elles couvrent 4 milliards d’hectares de surface et captent 3 milliards de tonnes de carbone (30 % des émissions). Actuellement, 13 millions d’ha de forêt sont détruits chaque année, ce qui libère 1,5 milliard de tonnes de CO2. Parmi ces forêts : celle d’Amazonie. Sa surface a été réduite de 17 % en 50 ans. Les experts indiquent qu’au-delà de 20 %, elle ne pourra plus jouer son rôle dans les équilibres climatiques. Or, on prévoit une diminution de sa surface de 40 à 50 % d’ici 2050.
L’Europe, par ses importations, génère le plus de déforestation dans le monde, principalement avec le soja, les palmiers et les bois tropicaux. Le soja sert à nourrir les animaux (importé à 97 %) et les palmiers, à fournir l’huile de palme.

Élevage (industriel)

Énorme impact environnemental et sur la santé.
2e cause d’émission de GES (25 %) derrière l’industrie (32 %), et selon certains chercheurs, 1re cause à 33 %.
En 50 ans (1950-2000) la consommation mondiale de viande a été multipliée par 5 alors que le nombre d’individus a seulement doublé.
L’élevage + l’agriculture rattachée (pour nourrir le bétail) émettent 94 % de l’ammoniac présent dans l’atmosphère (responsable des pluies acides et de particules fines) 37 % du méthane, 86,6 % du protoxyde d’azote, 9 % du CO2 de l’atmosphère, et des gaz fluorés (chaîne du froid).
Il y a 28 milliards d’animaux d’élevage dans le monde (4 pour 1 humain).
Les plus gros consommateurs : États-Unis, Brésil, UE et Chine 
Selon le WWF : équivalences entre 1 kg de viande produite et le nombre de km en voiture (au niveau des GES) : Veau : 220 km / Agneau de lait (180) / Bœuf (70) / Porc (30) / Poulet (7)
83 % de la surface agricole mondiale est dédiée à l’élevage (il faut 7 kg de céréales et 13 500 litres d’eau pour produire 1 kg de viande de bœuf). La demande de viande incite à la déforestation. L’élevage engendre une pression insoutenable sur les sols.
L’élevage intensif dévore le stock de phosphore minéral (limité) pour la mise au point des engrais phosphatés. Or, c’est une ressource vitale non renouvelable.
Les engrais (azote, phosphate, nitrates) + l’eau d’irrigation en excès font que les sols ne peuvent plus les absorber. Ils se déversent dans les rivières, puis la mer, et polluent les nappes souterraines (43 % des nappes en France dépassent la valeur guide européenne en nitrates). Les marées vertes d’algues proviennent de l’azote rejeté ainsi, qui se transforme en nitrates.
Il faut donc réduire drastiquement la consommation de viande : il faudrait la réduire de 90 % selon la revue Nature. Selon le WWF, réduire sa consommation de viande est le geste qui a le plus d’impact pour réduire l’empreinte carbone.

Agriculture

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les rendements des fermes biologiques sont égaux, voire supérieurs à ceux des fermes « conventionnelles ». Sur 75 % des surfaces bio dans le monde, on obtient de meilleurs rendements à l’hectare qu’avec l’agriculture conventionnelle. 
– 1 ha de blé cultivé en conventionnel produit au maximum 10 tonnes de grains par an
– 1 ha de maraîchage bio produit 20 à 50 tonnes de légumes variés par an
La salinisation des sols est problématique : c’est un phénomène naturel, mais qui est amplifié par une trop forte irrigation des sols. Étant plus salines, les terres deviennent moins productives et finissent par devenir stériles. Ce phénomène fait perdre chaque jour 2 000 ha de terres cultivées. En 2014, 20 % des terres produisaient moins, avec une perte de 15 à 70 % selon les régions. On estime que la salinisation pourrait menacer 10 % de la récolte céréalière mondiale (alors que 800 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde). La meilleure technique d’arrosage est l’irrigation par goutte-à-goutte, sans dépasser les besoins en eau des cultures. 

Sur les pesticides

• Les pesticides = insecticides, fongicides et herbicides.
• Les insectes pollinisateurs assurent la reproduction et la survie de 78 % des variétés de plantes à fleurs et d’arbres et 84 % des espèces que nous cultivons pour l’alimentation. Or, du fait de l’utilisation de pesticides, la mortalité des abeilles est passée de 3 ou 5 % par an (en 1990) à 30 % en 2005 et entre 60 et 90 % cette année. Globalement, en Europe, les populations d’insectes ont chuté de près de 80 % en moins de 30 ans. Avec eux, 1/3 des espèces d’oiseaux ont disparu (par manque de nourriture).
• 31 % des eaux souterraines sont contaminées par les pesticides pour plusieurs dizaines d’années
• En 5 ans, l’agriculture intensive a augmenté de 18 % l’utilisation des pesticides chimiques. Ils se retrouvent dans les cours d’eau à des doses supérieures à la norme autorisée. 
• 96 % des consommateurs boivent une eau de très bonne qualité grâce à une dépollution très coûteuse. La prévention coûterait 3 fois moins cher que la dépollution.

Consommation de viande

La surconsommation de viande rouge a pour effet d’augmenter les cancers colorectaux (+50 % de risques), prostate, intestins, pancréas (+67 % de risques) les maladies cardio-vasculaires, l’hypercholestérolémie, l’obésité, l’hypertension, l’ostéoporose, le diabète de type II, l’altération des fonctions cognitives, les calculs biliaires et la polyarthrite rhumatoïde.
Le CIRC a classé la consommation de viande comme probablement cancérogène, et celle des viandes transformées hautement cancérogène, notamment dû à la présence de nitrate de sodium pour conserver la viande et de glutamate de sodium (E621)
Depuis 2007, le World Cancer Research Fund a recommandé d’éviter totalement la charcuterie.
Les charcuteries estampillées « sans ajout de nitrites » en contiennent quand même (réaction entre les bouillons riches en légumes et des ferments, qui créent des nitrites)
On estime à 84 kg par Français et par an la consommation de viande (soit 230 g par jour). Pour atteindre la diminution de 90 %, il faudrait en consommer 8,4 kg, soit 160 g par semaine, soit 1 repas de viande par semaine.

Lait

Les laits végétaux ont un fort impact environnemental.  
Il faut préférer le lait bio.

La pêche

86 % des poissons vendus en supermarché sont issus de la pêche non durable ou de stocks surexploités
66 % des grandes surfaces ne respectent pas les mentions obligatoires (zone de pêche, de capture)
Poissons issus de surpêches : cabillaud (88 %), sole (86 %), bar (80 %). Plus de ¾ des espèces de poissons sont surexploitées ou exploitées à la limite du raisonnable. 
Les océans sont de plus en plus pollués par le mercure, issu de l’activité industrielle : en 100 ans, la quantité de mercure dans les 100 premiers mètres des océans a doublé, et a augmenté de 25 % dans les eaux profondes. Du fait de la chaîne alimentaire, plus les poissons sont gros, plus ils ont ingéré de mercure. Ce mercure (ou méthylmercure) est dangereux pour le système nerveux central humain. À chaque ingestion de mercure, 95 % sont évacués par les selles, 5 % sont stockés dans l’organisme où il s’accumule.
Les poissons d’élevage présentent moins de mercure, mais des antibiotiques dans leur alimentation. 
Au mercure s’ajoutent l’arsenic et le cadmium, présents dans les poissons.

Fruits et légumes

Environ 75 % des fruits et 40 % des légumes non bio portent des traces de pesticides pouvant altérer la santé. Certains dépassent le seuil légal de résidus de pesticides fixé par l’UE. Il y a parfois plusieurs pesticides sur le même aliment, ce qui crée un « effet cocktail » dangereux. L’auteure recommande donc la consommation de produits bio, plus chers, mais rendue possible par les économies faites sur la viande et la charcuterie.

Vin

La vigne utilise 65 000 tonnes de pesticides par an en France. Le vin recèle en moyenne 300 fois plus de pesticides que l’eau potable. Aucune norme ne limite la teneur en pesticides du vin. Une fois en cuve, il est possible d’ajouter des additifs (une soixantaine autorisés) dont la plupart sont chimiques. On a retrouvé des traces de procymidone dans des vins français et italiens (cancérogène, reconnue comme toxique et perturbateur endocrinien par l’UE).

Pain, céréales, pâtes

En 12 ans, le taux des produits de pain contenant des résidus de pesticides a plus que doublé (28 % à 63 %). 60 % des échantillons de pains non bio contiennent des résidus de pesticides. Plus de la moitié des céréales pour petit déjeuner, des légumineuses et des pâtes contiennent du glyphosate. 

Sucre, chocolat, miel

Le sucre est l’une des cultures les plus nocives de la planète (détruit la biodiversité, gourmande en eau [10 litres nécessaires pour la production d’un seul morceau de sucre blanc], érosion des sols) et in fine, problèmes d’obésité dus à sa surconsommation.
Le chocolat a un fort impact environnemental du fait de ses nombreuses étapes de transformation. Il faut 2 400 litres d’eau pour produire 100 g de chocolat. 9 % des forêts indonésiennes sont déforestées pour la culture du cacao.
75 % des miels dans le monde entier contiennent au moins un des 5 principaux pesticides. Il faut donc le choisir bio. 

Soja

Sur les 330 millions de tonnes produites chaque année, 150 servent à produire l’huile de soja (la plus consommée dans le monde). La culture du soja implique la déforestation et la production d’huile a de nombreux impacts environnementaux.

Sur le plastique

• On produit 10 tonnes de plastique chaque seconde dans le monde.
• C’est le principal facteur de croissance de la demande de pétrole dans les 10 à 15 ans à venir.
• 200 à 300 millions de tonnes de plastiques ont été déversées dans les océans depuis 1950. Aujourd’hui, le plastique est présent sur 88 % de la surface des océans. Dans  l’océan pacifique, les courants l’amassent et forment un « 8econtinent », grand comme 3 fois la France. 
• Tous les ans, 100 000 mammifères marins et 1 million d’oiseaux meurent à cause du plastique.
• 5 milliards de sacs plastiques sont utilisés chaque année dans le monde. 
• Le plastique n’est pas biodégradable. Il se décompose en petits morceaux qui sont ingérés par les animaux marins, puis en microplastiques, qui créent à leur tour des nanoparticules de plastiques, que tout le monde ingère.
• Laver des vêtements synthétiques est la cause d’un tiers des microplastiques présents dans l’environnement : une machine de 6 kg de linge libère 500 000 fibres de polyester et 700 000 fibres d’acrylique. À raison de 20 millions de machines lancées en France chaque jour, cela fait 24 millions de microparticules) libérées dans l’eau de vidange (et donc dans les océans), soit environ 500 000 tonnes de plastique par an. Il faut donc préférer des textiles naturels ou équiper sa machine d’un filtre ou de pochettes spéciales (Guppyfriend)

Textiles

L’industrie textile puise dans les réserves de la planète et émet 1,2 milliard de tonnes de GES par an. Les teintures et traitements textiles polluent à hauteur de 20 % les eaux dans le monde.
Les pays riches consomment 60 % de vêtement de plus qu’il y a 15 ans, dont 50 à 70 % sont inutilisés. 
En France (67 millions d’habitants), il s’est vendu 2,6 milliards de vêtements et accessoires en 2017.
Recommandation : avoir 30 pièces d’habillement et donner le surplus aux organismes de collecte.

Énergies renouvelables 

• Centrales hydroélectriques/barrages : ils émettent du méthane (23 % de toutes les émissions) à cause de la décomposition des végétaux dans l’eau stagnante 
• L’éolien a une production intermittente et le stockage en batteries n’est pas encore au point. L’éolien en mer utilise des aimants contenant des terres rares. L’éolien terrestre est gros consommateur de béton (pour le socle : 1 500 tonnes par mât) et d’acier (25 à 40 tonnes par mât)
• Solaire : dépend de l’ensoleillement. Les cellules photovoltaïques demandent des matériaux dont l’extraction est polluante. Certains sont toxiques (cadmium). D’autres nécessitent des métaux rares (dont certains vont disparaître dans 4 ans). Il faut choisir des panneaux solaires monocristallins, moins dangereux pour l’environnement, recyclables, n’utilisant pas de terres rares, plus efficaces (mais plus chers) que les polycristallins à couches minces. 
• La biomasse ou bioénergie. C’est la principale source d’énergie verte en France (elle représente plus de 55 % de la production). Deux types : biomasse lignée (déchets de bois, de paille, de canne à sucre, etc. qui sont brûlés, et biomasse fermentescible (déchets, lisier, rejets liquides). Il y a 3 sous-filières :
– le chauffage individuel au bois (en progression). Les appareils les moins polluants sont les poêles à granulés et les chaudières à granulés,
– les chaufferies biomasse,
– l’énergie géothermique (utilise la chaleur souterraine de la terre et de l’eau), très coûteuse à l’installation pour un usage individuel.

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4 réflexions sur “L’humanité en péril, de Fred Vargas (1/2)

  1. Bonjour.
    J’aime beaucoup cet auteur, en parlant de Fred Vargas, et ses romans policiers que je lis avec bonheur, et parfois même..relis.
    Ce livre, bien différent de ses polars habituels, et essai, dans le domaine, montre bien à quel point tout le monde est préoccupé pour le devenir de l’humanité comme de notre planète.
    Son plaidoyer est également un cri du coeur, tout comme pour Greta Thunberg.
    Bon après-midi, comme fin de journée, un très bon weekend à vous, respectueusement..Denis.

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  2. Re..désolé..
    Je me permets..
    Je vous mets des liens( de l’un de mes blogs..), ci-dessous, au regard du sujet évoqué et en parlant de cette situation catastrophique..
    En parlant de la..Mondialisation..
    http://janus157.canalblog.com/archives/2020/01/28/37979684.html
    La Mondialisation..Est-on allé trop loin ?..
    La pollution du littoral par les munitions de guerre..
    http://janus157.canalblog.com/archives/2020/01/13/37935940.html
    Trop tard !..Le mal est déjà fait !..
    En parlant des inondations..
    http://janus157.canalblog.com/archives/2019/12/02/37834387.html
    Les inondations..une fatalité !..mais surtout..prévisible !
    Les catastrophes..
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Risque_de_catastrophe_plan%C3%A9taire
    Risque de catastrophe planétaire..
    Qu’avons nous fait, ou que n’avons nous pas fait depuis..1870 ?..
    Bonne fin de journée encore..Denis.

    P.S.: je sais très bien, sans avoir eu à la préciser que Fred Vargas..l’auteure..est une femme..

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      • Re..
        Je n’ai aucune prétention, je reste humble et petit, comme pour mes pèlerinages à pied effectués à Saint-Jacques de Compostelle, et où je disais que je me considérais comme un tout petit grain de sable dans le désert..
        Je n’ai pas non plus, la prétention de me considérer comme étant un lanceur d’alerte..non plus..
        Je suis juste là pour informer et rendre service..
        Le but principal d’un blog étant de..partager, avant tout,et rien d’autre.
        Bonne soirée, et encore un très bon weekend à vous..Denis.

        P.S.: je me permets de vous joindre, un tout dernier lien..le blog d’un ami au Japon:
        https://inaca.me/
        A la campagne au Japon.

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