Parole de chasseur

La crise du coronavirus nous a fait entrevoir un possible « monde d’après » plus responsable, plus respectueux et plus apaisé. Mais ce n’est pas la vision de tous : le président de la Fédération nationale des chasseurs charge et tire à vue.

Dans un livre à paraître le 18 août, il dresse un tableau bien senti des écologistes, de la chasse et son monde idéal. Ce représentant des 1,1 million de pratiquants (en déclin continu depuis 40 ans, masculins à 97 % et vieillissants) évoque, dans un article du JDD, ses « ennemis » : « des terroristes de la cause animale ». « Cette écologie ressemble à l’Inquisition ». Il se dit « inquiet » et « a peur » : peut-être cela donne-t-il une idée de ce que ressentent les proies traquées par des meutes de chiens ?

Défendant bec (!) et ongles la chasse à la glu (qui consiste à enduire des branches d’arbres de colle pour piéger les oiseaux : 40 000 par an dont des espèces protégées – une pratique d’un grand héroïsme) et non content d’être un lobbyiste agissant à visage découvert, il souhaiterait aller plus loin, en affirmant très sérieusement qu’il « ne faudrait pas confier [le ministère de] l’écologie à un écologiste », mais aussi que « dire qu’il faut un ministère de la Condition animale, c’est la folie furieuse ». À propos de Nicolas Hulot ? « J’ai eu plaisir à le voir partir ». C’est direct et sans fioriture.

Ce qui inquiète le président de la FNC, c’est le fameux référendum d’initiative partagée, qui propose 6 mesures pro-animaux, dont l’interdiction des chasses « traditionnelles » (entendez par là chasse à courre – décriée par 84 % des Français –, chasse à la glu, déterrage d’animaux dans leurs terriers à l’aide de pinces…). À ce jour, le projet de référendum compte près de 500 000 signatures et 129 parlementaires l’ont approuvé (il en manque 56 pour passer à l’étape suivante).
L’avis du représentant des chasseurs a la finesse d’un tromblon : « les initiateurs [du RIP] viennent d’un milieu très “boboïste” parisien (…). Que des parlementaires s’y associent, c’est une honte ! (…) ils devraient se retirer de la politique ». Rien que ça !

Quand Éric Dupond-Moretti se met en chasse

Comme dans toute bonne chasse qui se respecte, il y a de l’inattendu, et là, c’est un trophée de taille : la préface de l’ouvrage est signée de l’actuel garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti – il l’avait bien sûr écrite avant sa nomination, mais n’a pas « une seule seconde » pensé à en modifier quelques mots une fois à son poste.

Ce n’est pas de ce côté qu’il faudra chercher une quelconque posture constructive, apaisée et respectueuse : on y lit notamment que les « ayatollahs de l’écologie », « illuminés » et « intégristes », « se serviront de ce livre pour allumer le barbecue où ils cuiront leurs steaks de soja ». Pourquoi cette agressivité mêlée de condescendance ? Cette vision caricaturiste ? Est-ce le rôle d’un ministre de stigmatiser une (large) partie de la population et de l’affubler de noms « d’oiseaux » ? Et, plus globalement – et plus inquiétant –, que penser de la démarche d’un ministre soutenant en toute transparence un lobbyiste ?

Que penser de la démarche d’un ministre soutenant en toute transparence un lobbyiste ?

Ce que l’on demande au président de la FNC, c’est de respecter les lois française et européenne (la chasse à la glu est interdite depuis 2009) sans chercher de passe-droit au prétexte de la « tradition » (toutes les traditions sont loin d’être bonnes !) et de ne pas insulter les non-chasseurs (98,2 % de la population française) et les écologistes. Se pourrait-il qu’il soit poursuivi pour les avoir qualifiés de « terroristes », un nom particulièrement lourd de sens ?

S’il fallait le rappeler, les animaux ressentent la peur et la douleur. Faire de leur traque un loisir est très discutable, plus encore au XXIe siècle : cela semble définir ou légitimer une certaine vision du monde, où prédation, violence, brutalité, cruauté et sadisme sont acceptés.

Les Français rejettent massivement la chasse.

Selon Ipsos, moins de 1 Français sur 5 (19 %) y est favorable ! N’en déplaise à la Fédération nationale des chasseurs, 82 % condamnent la chasse à courre, 83 % le déterrage, 84 % le piégeage, 65 % veulent l’interdiction des lâchers de gibiers d’élevage, 82 % estiment que la chasse représente une menace pour l’environnement et 82 % veulent l’interdiction de la chasse les dimanches et pendant les vacances scolaires.

Laissons tout de même, pour conclure, la parole au patron des chasseurs, qui ne manque ni de pertinence dans ses analyses, ni de flair dans ses prévisions : « L’écologie fait sa puberté (…) Elle va s’essouffler (…) Cette grande révolution animaliste n’aura pas lieu (…) ». 

Rappel : pour signer la demande de Référendum pour les animaux, c’est ici.

Sources : le JDD, Le Monde, Ipsos, Wikipedia, Huffington Post. Visuel : referendumpourlesanimaux.fr

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